Moulins à huile
style Lombard
Datés de 1777 et en activité jusqu'en 1956, deux moulins accolés, séparés par des voûtes en pierre de tuf, étaient autrefois actionnés par la force de la cascade attenante. Si la roue d’origine, aujourd’hui visible en vestige, témoigne encore de cette époque, la cascade a depuis été déplacée juste à côté de la bâtisse.
Si aujourd’hui le Centre-Var est surtout viticole et boisé, il fut longtemps un territoire d’oliviers et de blés. Ce n’est qu’au début du XXe siècle que la vigne a pris une place dominante, reléguant peu à peu le blé et l’olivier.





Mais l’olivier a surtout été frappé par une série de gels catastrophiques, du XVe au XIXe siècle, qui ont à chaque fois ébranlé l’économie des villages, provoquant parfois de terribles famines.
Quand les oliviers gelaient, les moulins manquaient de matière première et avaient du mal à tourner. Le gel de 1956 a été le coup fatal : dès cette année-là, la plupart des moulins à huile de Provence ont fermé. Les moulins à farine avaient déjà disparu, concurrencés par les grandes minoteries industrielles alimentées par des blés parfois venus de loin.
Après ces fermetures, les moulins se sont vite dégradés. Les mécanismes en bois des moulins à farine, fragiles, ont été les premiers à disparaître. Certains moulins à huile ont mieux résisté, notamment quand des engrenages ont été remplacés par de la fonte au XIXe siècle. C’est une industrie villageoise essentielle — farine pour le pain, huile d’olive pour la vie quotidienne — qui a été délaissée, oubliée, parfois même saccagée.
Aujourd’hui, les moulins artisanaux réouvrent peu à peu : l’huile d’olive, malgré son prix, est recherchée. Les oliviers se replantent, et beaucoup aiment apporter leurs olives au moulin pour obtenir “leur” huile.
Les temps ont changé, mais l’essentiel reste que l’olivier ne soit pas oublié, et que les moulins encore debout puissent continuer à tourner, avec leur bruit mélancolique de bois et leur odeur de roustide.
Face au grand nombre de moulins des cantons du Luc, de Besse-sur-Issole et de Lorgues — ruinés, reconvertis (restaurants, garages, remises, salles, habitations) ou même détruits — un véritable cri d’alarme est lancé.
Sans mesures de sauvegarde prises rapidement par les propriétaires et les municipalités, il ne restera bientôt plus rien de ces témoins de la Provence ancestrale et de l’industrie qui faisait vivre les villages.
On regrette particulièrement que beaucoup d’anciens mouliniers et meuniers n’aient pas conservé ces lieux où ils ont travaillé toute leur vie : les mécanismes traditionnels ont souvent été sacrifiés pour des usages pratiques (stockage, débarras, stationnement).
Heureusement, certains ont protégé ces vestiges, et l’espoir est qu’ils puissent rester intacts encore longtemps, pour les générations futures.
Extrait «Les moulins en Centre-Var - Eric Kalmar»
Travail du moulinier sur la barre de pression